Les continuateurs de Lovecraft ne sont pas morts... il y en a même en France !
J'ai toujours été bon en rédac à l'école... Et puis j'aime bien passer de l'autre côté des miroirs, alors quand j'ai commencé à écouter de la musique...
Ses écrits : La Saga de R'lyeh, HPL 2007.Depuis combien de temps écrivez-vous et quel en fut (en furent) le (les) déclencheur(s) ?
J'ai toujours été bon en rédac à l'école... Et puis j'aime bien passer de l'autre côté des miroirs, alors quand j'ai commencé à écouter de la musique, j'ai eu envie d'en faire, et rapidement le besoin de lecture a laissé la place à l'envie de l'écriture. R'lyeh est ma première tentative, commencée en 1997 sur un vieil Apple Mac II... abandonné, repris, recommencé...
Qu'est-ce qui vous a motivé pour écrire des choses impies ?
En 1996-97, un ami me passe des Pocket Folio SF "Le Masque de Cthulhu" "La Trace de Cthulhu". C'est le coup de foudre, mais je comprends vite que ce n'est pas vraiment du HP, alors j'investis dans le Tome I de la collection Bouquins, et là c'est le grand plongeon, et comme je constate que des continuateurs d'HPL existent, je me dis "pourquoi pas moi". En fait j'avais envie d'écrire, mais n'avais pas tellement de sujet... l'oeuvre d'HPL m'a offert un univers dans lequel inscrire mes mots, un cadre pour baliser mon imagination. Et c'est à mon avis un cadre 1000 fois plus intéressant, profond et sombre que l'heroïc-fantasy tolkiennesque ou les space-opéras starwarsiques...
Combien de temps cela prend-il ? Quel en est le processus : lectures, relectures, brouillons,...
La première partie, j'ai ramé. Depuis 1997... je ne l'ai terminée vraiment qu' en 2003. La deuxième partie est allée assez vite, en un an à peine, j'avais écrit 80%. Je pense qu'elle est mieux réussie, plus mûre, car j'ai pu bien l'avancer à la campagne, pendant une semaine, avec un portable, ou au sein d'un boulot administratif qui me laissait pas mal de temps... et ça pour écrire je n'ai pas encore trouvé mieux !
Les corrections et modifications se font tout au long de l'écriture, quand on se relit, quand on revient sur ce qu'on a créé, qu'on a fait lire à des proches. Et une dernière fois, sur demande de l'éditeur, avant que ça parte à l'imprimerie !
Contez-nous un peu votre périple pour vous faire éditer.
J'ai envoyé l'année dernière le tome 1 fini à plusieurs éditeurs spécialisés : la Clef d'Argent, Mnémos, l'Oeil du Sphinx...
J'avais quelque part besoin d'une validation, d'un encouragement pour continuer, car je ne savais plus trop si tout cela valait le coup finalement.
Seule la Clef d'Argent m'a répondu, un mail très gentil et encourageant, me disant qu'ils n'éditaient plus de "yog-sothoteries" et me renvoyaient vers l'oeil du sphinx. Cet éditeur associatif est très sympa, je les ai rencontrés, mais mon histoire était trop longue pour un de leur fanzine et trop courte pour être sortie en livre.
Je savais dès le début que HPL n'est pas très porteur en terme d'édition. Aussi j'avais envie de voir mon manuscrit devenir bouquin, sans forcément être vendu à grande échelle. Le Manuscrit, éditeur en ligne, permet de voir vivre son oeuvre, de l'avoir avec un vrai numéro ISBN et tout et tout, relié correctement, disponible à la vente, sans trop de contraintes, sans compte d'auteur... Bref ce fut l'idéal.
Êtes-vous joueur, ou même gardien à l'Appel de Cthulhu ?
Si oui, quels ont été les apports de cette expérience pour votre écriture ? Y avez-vous puisé de l'inspiration, des personnages ? Si non, connaissant sans doute un peu ce milieu, pensez-vous que ce type d'expérience vous aiderait ?
Bien qu'ancien rôliste (L'oeil Noir, Bitume MKV) et adepte de jeux à la Warhammer, je n'ai jamais joué à l'Appel de Cthulhu. En fait je sais depuis longtemps que nombre de jeunes gens viennent à Lovecraft par ce biais, mais je n'ai jamais eu l'occasion de le tester.
Mon ignorance du jeu est, je pense, à la fois un avantage et un inconvénient.
Avantage, car mon imagination n'a pas été "polluée" par un éventuel scénar auquel j'aurai participé. J'ai tenté de garder l'esprit HPL, avec des personnages peu signifiants, peu décrits, peu intéressants, avec des moyens de défense dérisoires par rapport à la menace des Grands Anciens, et je ne sais pas si la pratique du jeu m'aurait permis cela.
Inconvénient, car si cela se trouve, mon histoire a déjà été contée par un maître de jeu, et je crains qu'elle n'apporte rien à tout ce qui a été développé comme univers autour de Coc (comme j'ai pu amèrement le constater lors d'un récent passage à Jeux Descartes... R'lyeh est une goutte d'eau dans l'océan...)
Parfois, je me dis que ce que j'ai écrit pourrait être "tout juste du niveau d'un scénario du jeu", comparé à de la "vraie littérature". J'ai eu un peu peur de ça, qu'on m'en fasse le reproche, et puis en fait maintenant, je me dis que si mon histoire peut être jouée par des rôlistes, cela serait presque une forme d'hommage, et que les joueurs du jeu sont un public tout désigné pour R'lyeh.
Vous considérez-vous comme une sorte de scénariste rôlistique ? Quelles différences voyez-vous entre ces deux formes d'expression ? Dans leurs processus et donc leur construction, ne sont-elles pas incompatibles ?
Au fur et à mesure que j'y pense, et que je découvre la communauté des joueurs pour la "promo" de R'lyeh, je me dis que ça serait chouette si mes longues nouvelles m'ouvraient la porte d'un éditeur de jeux pour écrire des scénarios.
Pour moi, l'écriture d'un jeu de rôle est passionnante, quand je jouais, j'étais toujours maître, jamais joueur, car j'aime créer des mondes, des ambiances, des systèmes de jeu, des persos... Ecrire un jeu est plus simple, moins contraignant qu'une histoire de littérature. On peut séquencer, faire apparaître les parties, faire un catalogue séparé des persos, des pnj, des armes, des lieux.
A la limite, j'adore inventer un jeu, un univers... mais de là à y jouer... j'aime bien inventer des choses, les mettre en place et les contempler. Quant à les faire vivre, c'est une autre paire de manches...
Je pense que les deux écritures, scénar et livre, ne sont pas incompatibles, et si un jour on me demande de faire de R'lyeh un scénar, je le ferai avec plaisir.
Reste que, concernant spécialement le cas de Lovecraft, je ne suis pas sur qu'un scénario de jeu puisse vraiment refléter sa littérature. Comme je l'ai dit plus haut, les nouvelles d'HPL n'ont pas vraiment de héros, de combats, elles se "finissent" souvent mal...
Comptez-vous remettre ça prochainement après la sortie du troisième volet de la trilogie ?
Il faudrait déjà que je termine le tome 3 ! Et ce n'est pas pour tout de suite. Mais effectivement, j'ai pensé à la suite, vaguement. La trilogie aura une fin ouverte, et l'humanité n'en n'a pas fini avec les grands anciens, foi de conteur !
Quel est le retour au niveau du succès de votre prose après quelques mois ? Et qu'en attendiez-vous ? Renommée, gains, test pour vous-même,...
Très peu de vente, mais mon but n'était pas d'en vivre, mais de faire partager ma passion et de donner vie à un livre, en dur, qui puisse être acheté par mes proches et des gens que je ne connais pas. Si ma diffusion sur Manuscrit.com me permet, à terme, d'aller discuter avec des libraires, dédicacer quelques exemplaires, j'en serai ravi.
Cette interview pour TOC est pour moi un bonheur, parce qu'ainsi des gens totalement objectifs posent un regard d'amateur éclairé sur R'lyeh. Je n'ai pas écrit spécialement pour la communauté des joueurs, mais si R'lyeh parvient à en intéresser quelques uns, alors je considère cela comme une grande réussite.
Que pensez-vous des écrits controversés de Lumley ?
Je ne les ai pas lu... la honte m'empourpre. Sur quoi porte la controverse ?
Dormez-vous dans un lit de varech ? Ecrivez-vous, comme on le dit, au sang de profond ?
Non, mais je ne lis que peu de choses hors de Lovecraft, finalement. J'ai lu le Houellebecq sur lui, ou l'auteur parle déjà (en 1988 !), de particules élémentaires. J'ai commandé au producteur la VHS du documentaire primé "Le cas Lovecraft", je saoule tous mes proches, à dénicher, dans tel film, tel lieu, un aspect ou thème "lovecraftien", j'ai trouvé et lu les actes d'un colloque de Cerisy consacré à HPL, j'ai correspondu avec Maurice Lévy, le premier français à avoir fait une thèse de lettres sur le Maître de providence, j'ai envoyé R'lyeh à Christophe Gans (cinéaste, le pacte des loups, et aussi le premier volet des 3 histoires du très raté "Nécronomicon", pour lui proposer d'en faire un film (sans réponse), je guette avec fièvre la sortie d'un jeu vidéo prometteur, je cherche des infos sur le projet de film des "montagnes hallucinées", bref, je suis "à fond dedans" comme on dit !...
Mon objectif prochain est pour 2007, année anniversaire de la mort du maître : j'espère que des expos, des rencontres, des publications auront lieu en France, et que R'lyeh montre d'ici là la voie aux autres fans qui voudraient se lancer. Je pense dans cette perspective lancer un fanzine, ou un webzine, monter un réseau de "'journalistes amateurs" comme celui auquel HPL participait... mais seul je ne peux pas grand chose...