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Mississippi, Mythe et roues à aubes
Vonk

le 21.07.2013
à 19:02

  
Salut à tous j'aime comme vous avez pu vous en rendre compte partager des idées comme elles me viennent et voici qu'à la lecture d'un excellent roman une idée est née. Le livre est en réalité tellement fantastique, dans tous les sens du terme, que le plus dur sera d'en tirer un scénar original.

Je lâche le titre, il s'agit de Riverdream (Fevredream en anglais) de George R.R. Martin, que vous devez connaître pour l'écriture de A song of Ice and Fire qui a inspiré la série Game of Thrones. Comme j'avais descendu les cinq premiers tomes de ASIF, et en attendant la sortie de la suite, j'ai acheté presque par hasard Riverdream et je dois vous dire que ça n'a rien de déplaisant.
Mais je ne suis pas ici pour faire la pub de ce texte, qui mérite d'être lu, donc je vais aussi éviter les spoilers. Disons simplement qu'il s'agit d'une histoire de vampires sur le Mississippi, et que l'auteur a su avec assez d'intelligence jouer sur les mythes qui tournent autour de ces créatures.

Mais là où Martin va vraiment dans le génialesque, c'est qu'il réussit parfaitement à rendre l'ambiance du trafic par bateaux à roues à aubes qui avait lieu sur ce fleuve à la fin du XIXe, des questions liées à l'esclavage et à la Nouvelle-Orléans avant puis pendant la guerre de sécession.
(Au fait si vous avez aimé "Abraham Lincoln chasseur de vampires", ne lisez pas ce livre, vous n'aimerez pas.

Donc je pense m'en inspirer pour des scénars, d'autant que les vampires qui sont présentées dans le livre des mobs de l'Appel de Cthulhu sont vraiment nazes, alors que ceux de Martin sont très bien (mais je n'en dis pas plus).
Avez vous joué dans ce type de périodes, d'ambiances ? Vous avez des idées, des conseils ?

Bisous, je vous en dirai plus quand j'aurai progressé.
Surahki

le 22.07.2013
à 03:13

  
Alors je me permets d'intervenir, d'abord pour te remercier, Riverdream est pour moi un projet de lecture, et tu m'as donné d'autant plus envie de le lire. Ensuite, un petit conseil : ce n'est pas dans une ambiance XIXè siècle, mais je te conseille de jeter un œil sur le jeu de rôle Mississippi Tales of the Spooky South. Tu y trouveras une chouette ambiance de mystère et de blues autour du Mississippi, même si ça se passe plus dans les années 20.

Maman, y a du poulpe au menu ?

Vonk

le 22.07.2013
à 23:01

  
C'est un bon conseil. Je ne suis pas regardant sur la période, même si la réalité historique veut que la course des vapeurs se soit éteinte avec l'avènement du chemin de fer.
Dri

le 23.07.2013
à 12:01

  
J'ai fait jouer par deux fois le scénario Full de drames (disponible sur TOC), qui reprend l'intrigue du film Maverick, l'action se déroulant avec un tournoi de poker sur un bateau à aubes faisant une croisière sur le Mississipi.

C'est une époque inspirante, je te conseille de la placer après la Guerre de Sécession pour laisser à tes joueurs la possibilité d'incarner des vétérans des deux camps.... Et pour t'enrichir d'une foule d'armes à feu perfectionnées!

Sur le magnifique bateau, l'ambiance est très agréable à mettre en scène: personnages hauts en couleur de la haute société, mélangés à des nouveaux riches parvenus et des chefs de gang trop craints pour être refusés. Le décor de palace flottant est agréable à décrire pour le Gardien, et à habiter pour les PJs. La tentation de dissimuler des armes à feu est toujours présente en montant en croisière, et la tradition de triche aux cartes de l'époque permet de mettre en scène des personnages typiques du far west: trop dangereux pour qu'on les accuse de tricher (pourquoi les plus grands joueurs de cartes du far west historique étaient aussi de fines gachettes, à ton avis?)

Je te conseille la déroutante destination de la Nouvelle-Orléans en fin de croisière... En plein Sud protestant et particulièrement raciste, c'est une ville où les noirs, traités avec moins de mépris par la population acadienne catholique, ont pu accéder à un certain statut social, et où le mélange est la norme... De quoi bouleverser le paysage avec des "lady" noires drapées de robes luxueuses.

Si ça s'oriente vampire, je te conseille aussi de lire un peu de Anne Rice (Entretiens avec un vampire, et éventuellement Lestat le vampire). Pour faire un scénar de croisière sur le Mississipi, je te conseille de te documenter un peu sur certaines escales qui valent le détour, et de prévoir un petit calendrier de la croisière. Il ne faudra pas que ça alourdisse la partie par contre: si les joueurs ne font rien, tu fais défiler les jours plus vite au lieu de garder le tempo, sinon ils vont sentir le passage du temps et s'ennuyer.
Je te conseille aussi de te renseigner sur certains personnages étranges du far west (Ray McCall, le pasteur pistolero qui portait une cuirasse de conquistador en guise de plastron, DocHollyday, le dentiste tuberculeux as de la gachette, etc...) Certains sont tellement étonnants et atypiques qu'ils fascineront tes joueurs.

Bref, c'est un superbe décor, une époque fascinante où l'habileté du colt est étroitement mêlé à la législation, c'est donc un très bon choix de scénar.

Pour les vampires: personnellement, je considère que les vampires sont surtout intéressants quand ils permettent de jouer avec l'histoire des idées, comme chez Anne Rice (un vampire du Moyen-Âge emporte avec lui son esprit de féodalité, malgré les époques qu'il traverse). Ensuite, comme c'est du Cthulhu, peut-être qu'un vampire plus cadavérique serait de mise... Mais s'il se mêlait aux PNJs, ce serait le pied!
Vonk

le 23.07.2013
à 23:32

  
En effet, pas mal des éléments d'ambiance qui m'intéressent sont dans ce que tu me dis, même si le caractère gamer de mes joueurs m'empêche de recycler des personnages comme le révérend McCall. L'avantage du bouquin de Martin est qu'il retrace très bien l'ambiance de chaque ville, ce qui me permet de broder. Quant à ses vampires, ils sont parfaits comme ils sont, je ne vais pas y toucher.


J'ajoute, pour que vous me disiez ce que vous en pensez, l'accroche que je viens d'écrire pour moi à ce scénario. Quelques éléments centraux y sont placés, je vais construire à partir de là je pense :

Du sang sur le fleuve

Louisville, juin 1922. La capitale du Kentucky flambe de modernisme et de beauté. Construit à peine vingt ans plus tard, l'imposant Columbia Building projette son ombre sur des avenues récentes et larges, nouvellement couvertes d'asphalte. En cette fin d'après midi, la ville voit défiler des automobiles modernes, tandis que le long de l'Ohio, des paquebots plus flambants les uns que les autres se côtoient. A leur pied, les équipages de transbordeurs commencent à s'activer, et à charger sur les ponts le métal, les fusils, le tabac, le blé, les tissus et autres marchandises à destination du sud. Plus tôt dans l'après-midi, les passagers de cabine ont pris possession de leurs quartiers à bord des luxueux appartements à leur disposition, tandis que les passagers de pont, moins fortunés, se sont installés bon gré, mal gré, là où l'équipage les laissait s'entasser.

Abruti par la chaleur de plomb de ce début d'été, George MacAllan ferme la porte de son bureau. Le temps est lourd et moite, la chemise de MacAllan, sous son complet veston, lui colle à la peau. Une large trace de sueur lui court le long du dos, où elle fait petit à petit son chemin depuis le début de l'après-midi. Le petit homme joufflu, au travail depuis le matin, vérifie pour la cinquième fois la petite mallette de cuir dans laquelle il transporte ses documents. George MacAllan est un homme consciencieux. Comme tous les jours, en sortant du bureau, George MacAllan hèle le vendeur de journaux perché sur sa caisse, lui prend un exemplaire du Courrier, lui tend son quart de dollar d'un air abattu, plie le journal consciencieusement sous son bras, et se dirige de son pas rapide, les épaules rentrées, vers le prochain arrêt de bus.

Alors que MacAllan regarde depuis son bus le soleil se coucher, mille kilomètres en aval du fleuve, le vieux Risby quitte le Carré Français aussi discrètement que possible, monte à bord de l'automobile, y décharge son fardeau, un vaste sac de juste qu'il porte en travers de l'épaule, vérifie que la chose qu'il contient est encore assomée, et appuie sur le démarreur. Le moteur pétarade une fois ou deux, la machine s'enraye, puis s'éteint. Le vieux Risby jure dans sa barbe, descend, et commence à activer la manivelle.

(Suite au prochain message)
Vonk

le 24.07.2013
à 00:49

  
Il fait presque nuit quand George MacAllan arrive dans le quartier des quais. Dans son dos, la trace de sueur a eu le temps de refroidir, et le fait désagréablement frissonner. George MacAllan se fraie avec peine un chemin à travers les autres passagers. Il pousse sans témérité la grosse dame, qui proteste avec autant de passivité. George MacAllan regarde sa montre, le soleil couchant, le quai. Le petit homme dans son complet descend sur le quai, et commence à le longer. Le visage de MacAllan tique alors qu'il passe dans l'ombre du gros paquebot. Le visage barré d'appréhension, il fixe les lettres argentées composant le nom du bateau de luxe, s'étendant presque paresseusement au dessus de la vaste roue à aube latérale : Harlot's Cry.

Il fait désormais tout à fait noir sur le bayou, quand la voiture s'engage le long du petit sentier qui mène à la plantation. Dans un bruit de pétarade, Risby arrête la machine, puis charge avec peine le sac sur son dos. A l'intérieur, la chose se débat, grogne, tente de griffer. Risby, d'un coup de poing, la calme. S'appuyant sur sa canne, il commence à grimper les trois marches menant à la demeure.

George MacAllan s'avance de son pas glissant sur le pont supérieur du paquebot, laisse sa main glisser le long de la belle rampe de cuivre, jouit, un bref instant, de la perfection du bateau, de la minutie avec laquelle chaque détail a été agencé, du bleu profond des portes au blanc argenté des boiseries, de la vision de cette machine parfaite, puissante, luxueuse. Deux ponts plus bas, les dernières barres de fer son chargées par les débardeurs, sous le regard d'un contremaître au visage écarlate, brandissant sa trique tantôt comme un chef d'orchestre, tantôt comme un bourreau sur le point de briser la jambe d'un supplicié. Ses cris, et les bordées d'injures dont il ponctue ses phrases, montent jusqu'à MacAllan. Puis MacAllan se force à sortir de sa rêverie, vérifie une dernière fois le contenu de sa mallette, se tourne vers la porte, hésite, regarde l'horizon un instant, se ressaisit, puis d'un air aussi assuré que possible, frappe trois coups sur le bois de la porte.

Le vieux Risby jette plus qu'il ne le pose le sac contenant la créature sur la table, allume une vieille lampe à pétrole, et se dirige en claudiquant vers le grand salon. Puis, Risby s'approche du grand fauteuil du maître des lieux. Celui-ci est assis dans le vaste siège de cuir, ses compagnons à ses côtés, éclairés seulement par les quelques lampes posées au hasard dans la pièce. Risby s'arrête à une distance qu'il juge respectueuse, se racle la gorge. L'homme dans le fauteuil se tourne vers lui, un paisible sourire aux lèvres. L'homme garde, même dans les vieux vêtements passés qu'il a mis, un air aristocratique, comme ceux des vieux tableaux qu'on trouve dans les maisons du Carré Français ou aux ventes aux enchères.

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Vonk

le 24.07.2013
à 00:50

  
Les boucles noires qui encadrent son visage aux pommettes hautes bougent à peine lorsqu'il se lève de son siège, et s'avance vers le vieux Noir, le dominant d'une bonne tête. Presque tendrement, il saisit la main de Risby, la tient un instant dans ses propres doigts fins, et tandis que Risby louche sur la grosse pierre rouge qui orne sa chevalière, il souffle : « Alors, Risby, l'as-tu trouvée ? »

Immédiatement après le troisième coup, la porte s'ouvre sur l'employeur de monsieur MacAllan. Vêtu d'un impeccable complet crème et bleu profond, le capitaine du paquebot repousse une mèche de ses cheveux de jais qui tombe devant son visage, sourit autant que son visage statuaire le rend possible, et invite MacAllan à pénétrer dans la cabine d'un geste ample.

Risby acquiesce, les mène tous à la cuisine où la chose continue de se débattre dans son sac, va chercher les fers. Ouvrant le sac d'un geste brusque, Risby attrape l'une des pattes de la chose, surprise, et la menotte promptement. La créature, feulant et criant, tente de se défendre, mais Risby lui assène un coup sec sur la mâchoire, lui brisant par la même occasion quelques dents. Puis il fixe les fers au mur, et d'une voix cassée, dit simplement « Voilà ».

Le capitaine continue de se préparer pour sa nuit de veille, se tourne vers la grande coiffeuse, s'empare de sa bague, en contemple un instant la pierre carmin, puis l'enfile. « Les avez-vous enfin trouvés, monsieur MacAllan ? ». MacAllan acquiesce, et s'empresse de sortir de sa mallette les quelques dossiers qu'il a ramenés de son bureau : « Les plus compétents pour cet emploi, monsieur Sunderland. Et tous des proches de... vous savez ». Se versant un apéritif, le capitaine sourit, et commence à lire les dossiers avec attention, signalant par la même son congé à monsieur MacAllan, qui s'empresse de quitter le bateau.

Le maître s'approche de la créature, la regarde, finit par sourire. Elle gît brisée devant lui, sa peau marron clair presque pas abîmée par les coups qu'a dû lui asséner Risby, du sang coulant de sa bouche, quelques dents gisant au sol. Se penchant, il saisit délicatement son menton, il la force à le regarder dans les yeux, sans cesser de sourire : « Ne vous en faites pas, mademoiselle, tout ceci sera bientôt terminé. Oui, très bientôt ». Glissant un doigt d'albâtre le long de la commissure des lèvres de la chose, il y cueille avec douceur une goutte écarlate, la contemple un instant, puis la porte à sa bouche avec délices. « Risby, tu nous as encore apporté une invitée de choix. Nous t'en sommes reconnaissants et nous ne l'oublierons pas. Tu peux nous laisser maintenant ». Risby, déjà sur le seuil de la porte, ouvre celle-ci sans tourner le dos à la compagnie qui, déjà, ne s'intéresse plus à lui. A reculons, il quitte la pièce en marmonnant « Merci, m'sieur Sunderland ».

(Suite et fin au prochain message)
Vonk

le 24.07.2013
à 00:50

  
Alors que Risby ferme la porte, il entend une dernière fois la créature hurler. Plus de mots de colère ni de haine, cette fois, simplement des appels à l'aide.

Et quand la porte se ferme enfin, le festin commence.
Surahki

le 09.08.2013
à 01:37

  
Je viens donner un petit avis puisque je m'étais intéressé à ton bestiau. Question ambiance, ça se place là, ça donne vraiment bien Maintenant, j'ai compris que cette accroché-la est pour toi, mais je me permets tout de même un ou deux conseils qui pourront peut-être t'aider pour rédiger ton texte pour tes joueurs.

Au tout début, le Building, il aurait pas plutôt été construit vingt ans plus tôt ?
Le vieux Risby porte un sac en toile de jute, pas de juste. De plus on n'apprend que vers la fin qu'il est noir, pense à le préciser rapidement.
Enfin, j'aime beaucoup tes paragraphes qui alternent entre les deux personnages, et tu fais bien de préciser à chaque fois de qui tu parles, ça aide pour suivre, mais au sein d'un paragraphe, pense parfois à remplacer le nom de ton protagoniste par "celui-ci", "l'homme", etc.

Maintenant ce début m'a l'air fort intéressant, tu en es où dans ton scénario ? Est-il possible d'y jeter un œil ?

Maman, y a du poulpe au menu ?

Surahki

le 07.01.2014
à 23:36

  
Je ne sais pas si ce sujet vit encore... Mais si c'est le cas, moi je suis toujours intéressé. Depuis ma dernière visite, j'ai lu le roman Riverdream de George R. R. Martin, et je perçois mieux le potentiel que peut avoir ce scénar. C'est pourquoi je m'informe : y a encore un tentacule qui remue ici ?

Maman, y a du poulpe au menu ?


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