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contexte Ségrégation - La Nouvelle-Orléans
Après la guerre de Sécession d’avril 1861 à avril 1865, s’ouvre la période dite de « Reconstruction » dans le Sud des Etats-Unis, couronné par le 13ème et 14ème amendement et par l’Acte des droits civils (Civil Act Right) de 1875. Toutefois, se mettent aussitôt en place dès 1876, des lois, ou des arrêtés, promulgués par les Etats du Sud distinguant les citoyens selon leur appartenance raciale et imposant la ségrégation dans les lieux et services publics (ce qu’on appellera plus tard les lois « Jim Crows »). Par ailleurs, la Cour suprême américaine abroge en 1883 l’Acte des droits civils qui interdisait toute discrimination raciale, et en 1896, la même Cour officialise la Ségrégation dans les transports publics via l’arrêt Plessy v. Fergusson. A cette occasion, elle élabore la théorie du « séparés mais égaux ».
- le logement
En Louisiane, on ne peut occuper un appartement dans un immeuble où vivent déjà des membres de l’autre race. La seule exception concerne ceux employés comme domestiques. Les services municipaux refusent le permis de construire aux non-blancs qui veulent faire construire dans des quartiers blancs. Si un noir vit dans un immeuble de blancs, il risque des « ennuis » avec la police : en général, il sera accusé d’attentat aux bonnes mœurs (disorderly conduct). Tout aussi efficace, la commission immobilière d’un Etat peut révoquer les licences d’agences immobilières si elles vendent des propriétés blanches à des noirs. Enfin, est pratiqué aussi le zoning de la terreur par le KKK (en dehors de la Nouvelle-Orléans) : lettres de menaces, coup de téléphones injurieux et menaçants, voire même dynamitage de maisons.
- le travail
Les noirs sont extrêmement majoritaires dans les professions de domestiques, portiers, manœuvriers, cuisiniers, garçon de course etc… et inversement, il n’y a quasiment aucun noir chez les conducteurs de bus, chaudronniers, employés du télégraphe, comptables etc.. Et si un noir traîne sans travail, il risque d’être inculpé de vagabondage et d’être envoyé dans des camps de travail (digne du temps de l’esclavage) pour récolter coton, térébenthine, agrumes…
- éducation
Dans 17 Etats du Sud, il est interdit de fréquenter une école publique ou privé en compagnie de personnes de races différentes. En Louisiane, plus précisément, la ségrégation scolaire est obligatoire à tous les niveaux scolaires. Environ 92.5% des blancs sont allés à l’école primaire, mais seulement 58% des noirs.
- droit de vote
L’axiome majeur dans les Etats du Sud est : « le droit de vote est l’affaire du Blanc ». Les noirs ont pu voter pendant une dizaine d’années à la sortie de la guerre, puis ont été dépouillés de leurs droits par le règne de la terreur du KKK et par les pratiques électorales des Etats (en général il faut payer une capitation, excluant de fait les plus pauvres, les noirs et même une partie des blancs). En Louisiane, seul 2 à 3% des noirs votent et pour moitié à la Nouvelle-Orléans. Dans cet Etat, on exige d’un futur inscrit qu’il se fasse accompagner d’un « répondant », c'est-à-dire d’un électeur inscrit se portant garant de son honnêteté et probité morale. Par ailleurs, s’inscrire sur une liste électorale s’est aussi prendre le risque de se faire passer à tabac, de prendre un coup de couteau ou de se faire licencier par son patron blanc.
- mariage
Dans les Etats du Sud, il est illégal que deux personnes de races différentes se marient et aient des enfants. Toutefois en Louisiane, un mariage interracial légal intervenu dans un autre Etat est reconnu légalement (mais reconnu comme non légal par exemple par la Caroline du Nord, le Texas, le Mississippi). De même, les relations sexuelles, la cohabitation et concubinage entre noirs et blancs est interdit.
- Yankee-talker
Un Yankee-talker est celui qui n’observe pas en parole et comportement l’étiquette du Sud. Comme on dit dans les Etats du Sud, « un bon nègre est celui qui connaît sa place et qui y reste ». Et un blanc aurait aussi tout intérêt à respecter les codes du Sud.
Un blanc ne dit jamais « monsieur » ou « madame » à un(e) noir(e) mais l’appelle toujours par son prénom. S’il ne connaît pas nom, il l’appellera « mon garçon » ou « grand-père » s’il s’agit d’une personne âgée. Inversement, un noir appelle toujours un blanc « monsieur Smith » ou « madame Smith » et s’il ne le connaît pas, on attend de lui qu’il appelle le blanc « Patron » ou « Capitaine ». Un noir ne serre jamais, oh grand jamais, la main d’une blanche (c’est risquer sa propre vie) et seul un blanc peut lui serrer la main et jamais de l’initiative du noir.
Lorsqu’un blanc et un noir se voient, c’est dans la cour de la maison, sur les marches du perron, sous le porche etc…. Il est inconcevable qu’un noir s’assoie dans le salon d’un blanc (éventuellement, il va s’asseoir dans le hall ou dans la cuisine) ; par contre, l’étiquette autorise un blanc à s’asseoir chez un noir là où il a envie et sans attendre que l’on l’y autorise.
Un noir se découvre toujours lorsqu’il parle à un blanc ; le refus de se plier à cette coutume est la cause de nombreuses violences.
Enfin, il n’est pas prudent pour un noir de traîner dans les rues des quartiers résidentiels le soir. Il risque d’être très vite interpellé, interrogé et mis en état d’arrestation.
Toutefois, il est bien certain qu’à la Nouvelle-Orléans, particulièrement dans le centre-ville, la ségrégation est beaucoup plus souple (hormis dans les transports), même si le racisme reste latent.

Source : Introduction à l’Amérique raciste de Stetson Kennedy, édition du Seuil


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